Depuis 2001 • No 42 • Montréal • 15.02.2008
Février 2008

La force du leadership

Entretien avec Wanda Kaluzny
chef d'orchestre, directrice artistique et fondatrice de l'Orchestre de chambre de Montréal

Iulia-Anamaria Salagor

Marie-Hélène da Silva

http://www.mco-ocm.qc.ca/

Mardi 29 janvier 2008, j’entre dans l’ascenseur du bâtiment situé au 1 Place Ville-Marie et j’appuie sur le numéro 28. Maestra Kaluzny m’attend avec son sourire naturel et son attitude ouverte qui m’ont conquise comme spectatrice lors de ses concerts. Je remarque la vue magnifique de sa fenêtre. « Parfois, c’est difficile de te concentrer sur le travail avec un tel panorama sous tes yeux », ce sont les premiers mots de Maestra Kaluzny. Dans le cas de Wanda Kaluzny, le paysage montréalais tout comme l’énergie de son lieu d’origine sont source d’inspiration. L’engagement de Maestra Kaluzny ainsi que sa vision sur la musique contribuent aussi en grande partie à la réussite de sa compagnie. 

Iulia-Anamaria Salagor : Vous avez fondé en 1974, l’Orchestre de chambre de Montréal (OCM), un orchestre professionnel qui donne tous ses concerts en entrée libre. J’ai lu sur le site web d’OCM votre dévoilement : « Je vous avoue que je n’ai jamais été bien à l’aise suivant des sentiers battus. Suivre le courant principal n’a jamais eu d’attrait pour moi. Pour cette raison, lorsque j’ai songé  à fonder un nouvel orchestre à Montréal au début des années ’70, j’ai mis un tas de choses en question ». Dites-moi,s.v.p., comment avez-vous pris la décision de devenir chef d'orchestre ?

Maestra Wanda Kaluzny : Au début, j’ai étudié le piano. Comme mon deuxième professeur de piano était aussi organiste, j’ai commencé des leçons d’orgue. Quand j’avais 11 ans, dans l’église fréquentée par mes parents, il y a eu un concours pour choisir le chef de chorale. J’ai passé l’audition en même temps que trois hommes expérimentés et c’est moi qu’on a choisie. Même si je croyais que je voulais jouer au piano et à l’orgue, j’ai découvert que je me sentais très attirée par le travail avec les gens. On a toujours l’impression qu’être chef est une position très puissante, mais c’est une position où il faut faire ressortir ce qu’il y a de meilleur dans chaque personne avec laquelle tu travailles. C’est ce que j’aime de ma profession et j’ai eu beaucoup de plaisir à travailler dans le cadre de la chorale. Je me sentais plus à l’aise dans cette position que dans celle de pianiste seule sur la scène; d’ailleurs, même en jouant au piano je choisissais de plus en plus la musique de chambre au profit des répertoires solos. À l’âge de 18 ans, je me suis dit que j’aimerais diriger des orchestres et j’ai commencé des études pour accéder à cette  profession. 

I-A.S : C’est en Pologne que vous avez commencé des études pour devenir chef d’orchestre ?

W.K : En Pologne, il s’agissait toujours de  la direction  des chorales, une très belle formation, mais je me suis dit que je savais déjà quel était le travail d’un chef de chorale, et que je voudrais relever d’autres défis. J’ai donc commencé une formation pour devenir chef d’orchestre, ce qui comprend la maîtrise de plusieurs instruments. À l’époque, je faisais partie d’un comité de l’Orchestre Symphonique de Montréal (OSM) et je me suis rendu compte de l’étendue des problèmes du marché de travail montréalais dans le domaine de la musique classique; en effet, il n’y avait pas beaucoup de débouchés offerts aux musiciens, car il y avait juste l’OSM et un autre orchestre de chambre. Je me suis dit qu’on avait besoin d’un autre orchestre qui propose une mission différente des autres. J’étais encore étudiante quand j’ai fondé l’Orchestre de Chambre de Montréal (OCM) pour donner une chance de plus aux musiciens de s’affirmer en tant que professionnels.  

I-A.S : Donnez-moi plus de détails sur votre expérience en tant qu’invitée à l'orchestre de Baden-Baden en Allemagne.

W.K : Quand j’ai fondé l’OCM -ça fait presque 35 ans-  j’étais un peu étonnée de la discrimination faite aux femmes. Ce phénomène touchait moins l’Amérique du Nord que l’Europe. Au Canada, dans les derniers 20 ans, il n’y avait que quelques orchestres formés majoritairement d’hommes et quand j’étais invitée comme chef d’orchestre, j’ai remarqué qu’on me donnait toujours des programmes de pop, un  peu plus légers parce qu’il s’agissait d’une femme (elle éclate en rire)…

I-A.S : Oui, en tant que femme, je peux comprendre ce sentiment…

W.K. : Ça me frustrait beaucoup… Des fois  on me donnait les tâches que le chef principal n’aimait pas faire. Ce dernier aspect ne m’a pas dérangée parce que j’aime apprendre de nouvelles choses. Quand même, j’ai trouvé que c’était aussi une façon subtile de discrimination : donner des pièces légères ou celles qu’on ne veut pas diriger et n’avoir jamais la chance de diriger la 5ème Symphonie de Mahler, par exemple…  Voilà la raison pour laquelle je ne me suis pas trop engagée dans cette direction, ça veut dire être chef invité. En Allemagne j’étais la première femme invitée à diriger un orchestre. La discrimination était toujours reliée à l’administration, presque jamais aux musiciens, car eux, ils sont intéressés d’avoir devant eux quelqu’un qui connaît son métier. En deux minutes, ils peuvent se rendre compte si le chef d’orchestre connaît la partition; c’est ce qui entraîne leur acceptation et leur respect. En Allemagne, il y avait beaucoup de spectateurs parce qu’ils étaient très curieux de voir une femme en tant que chef d’orchestre. À Baden-Baden, en avril 1990,  c’était pour moi une expérience extraordinaire parce que le lieu était historique : c’était l’orchestre pour lequel Brahms a écrit sa première symphonie et la  salle avait été inaugurée par Berlioz, donc c’était émouvant d’être dans le même endroit où Berlioz a dirigé, n’est-ce- pas ?

I-A.S : Oui, c’est vrai. J’aime beaucoup l’analyse que Berlioz a fait sur les symphonies du Beethoven et sa réflexion sur la musique : « L’amour et la musique sont les deux ailes de l’âme »…  

W.K : Oui, c’est beau…J’étais un peu inquiète pour les critiques, parce que j’étais une femme qui dirigeait un orchestre allemand…Au niveau musical, les critiques ont été positives, mais elles ont alloué beaucoup d’espace au fait que j’étais une femme…J’ai été contente d’avoir réussi à donner de beaux concerts, j’en garde encore le souvenir, mais en même temps, j’ai été un peu triste de voir les préjugés qui existaient encore envers les femmes.

I-A.S. : Quel est le plus gros défi pour une femme qui veut devenir chef d'orchestre? On peut dire que ce sont les préjugés des hommes dont vous venez de me parler ?

W.K. : On ne peut pas juste parler des préjugés des hommes, mais des préjugés de la société en général. Quand j’ai fait mes études aux États-Unis, à la Pierre Monteux Mémorial Fondation, le maestro Monteux était déjà décédé depuis dix ans, mais quelqu'un m’a montré une entrevue avec lui. À la question « Est-ce que vous pensez qu’une femme puisse être chef d’orchestre ? », Pierre Monteux a dit « Oui, bien sûr, pourquoi pas ? ». Et je me suis sentie bien. Ensuite, il a ajouté : « Mais ça ne se passera jamais » « Pourquoi? » « Parce que le comité de femmes est très fort dans un orchestre symphonique et les femmes ne vont jamais appuyer une autre femme. » C’était dans les années ’50, j’étais très jeune pour réfléchir à cette réponse, mais je pense qu’à l’époque c’était peut-être la vérité… Alors, on ne peut pas blâmer les hommes, nous, les femmes, nous manquons parfois de confiance en nous-mêmes. Mais ça a changé aujourd’hui, il y a de plus en plus de femmes d’affaires dans les conseils d’administration…

I.-A.S. : Quand vous avez fondé l’Orchestre de Chambre de Montréal, à l’âge de vingt ans, vous étiez la plus jeune et la seule femme à diriger un orchestre professionnel au Canada. Est-ce que vous savez combien de femmes sont maintenant chefs d’orchestre dans le monde?

W.K. : Il n’y en a pas beaucoup. Je peux en nommer seulement une douzaine. Ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas de femmes chef d’orchestre pour des orchestres plus petits, comme moi, mais les  grands orchestres –on peut les nommer de niveau A- comme ceux de New York ou Boston, ils ne sont pas encore prêts à engager comme chef d’orchestre une femme. C’est triste pour moi, mais c’est la réalité.

I-A.S. : Est-ce qu’on peut dire que c’est une raison pour laquelle vous avez fondé l’OCM ?

W.K. : Au début, quand j’ai fondé l’orchestre, je ne voulais pas créer un emploi pour moi-même. J’étais étudiante à l’époque. J’ai pensé seulement à créer des emplois pour les musiciens de Montréal et à avoir un orchestre avec une mission différente. Moi, je me suis donné le défi de trouver de nouveaux talents, les vedettes qui commencent. En tant qu'orchestre voué à la découverte, l'OCM a fièrement présenté au public montréalais de nombreux artistes de renom, notamment le ténor Ben Heppner en 1979, ainsi que la violoniste Janine Jansen, en 2004. Une autre partie de la mission de l'OCM  est d’offrir un forum pour les compositeurs canadiens. Nous avons présenté en première mondiale au-delà de 24 de ces oeuvres. Notre mission est aussi de jouer des oeuvres classiques moins connues. Notre public a eu la chance de les voir en premier. C’est gratuit, parce qu’il y a des gens qui ne peuvent se permettre de payer, mais aussi parce que je trouve que de plus en plus, ici, au Québec, l’éducation musicale est peu présente dans les écoles. Le public qui aime la musique classique vieillit. Alors, nous sommes là pour aider les gens à découvrir la musique classique, à éduquer et à former un nouveau public…Nous sommes très fiers de notre public actuel qui est un beau mélange d’âges, de niveaux sociaux, d’origines…Après mon départ pour les États-Unis afin de continuer mes études et afin d’avoir des engagements en tant que chef d’orchestre invité, j’ai découvert les subtiles discriminations… Pour être engagé, il faut avoir un excellent CV, respecter les règles du jeu. À un certain moment, je me suis posé la question : Que-ce que je veux vraiment ? Jouer avec mon propre ensemble, améliorer l’orchestre que j’ai fondé ou avoir des engagements de moindre envergure? Et j’ai décidé de rester avec mon orchestre et de jouer le répertoire que j’aime.

I.-A.S. : C’est toujours vous qui choisissez les pièces? Quels sont les critères qui guident vos choix dans la programmation?

W.K. : Oui, c’est moi, mais j’accepte aussi les suggestions des musiciens. Les musiciens aiment trouver des œuvres que je ne connais pas et ils me les proposent.

I.-A.S. : En novembre 2004, vous avez remporté les honneurs dans la catégorie Pionnière (Trailblazer) du concours des Femmes les plus puissantes du Canada. Qu’elles sont vos points forts en tant que femmes d'affaires?

W.K. : Le leadership. Je suis de plus en plus invitée à donner des conférences dans les écoles d’affaires et dans les compagnies commerciales. C’est parce que j’ai fondé l’OCM. Ce sont des choses qui se ressemblent : il faut avoir une vision pour un orchestre et aussi pour une entreprise, il faut savoir travailler avec les gens, découvrir ce qui est le meilleur en eux.

I.-A.S. : Comment peut-on définir votre style de direction?

W.K. : Comme chef d’orchestre, j’aime beaucoup le style de Pierre Monteux. C’est un style très simple, très direct, c’est seulement la musique qui compte. Vous êtes là pour desservir la musique et non pas comme un « show man ». La musique est tellement exigeante… Pour être musicien dans un orchestre, il faut être bien préparé, avoir une formation spéciale, être très fiable, très responsable, très sérieux. Dans les répétitions il faut toujours être concentré, dans les trois premières minutes tant qu’après six heures…J’ai des musiciens qui sont dans l’orchestre depuis 15-20 ans. Les musiciens sont tous comme « hand-picked ». J’adore mes musiciens. Le milieu musical est spécial.

I.-A.S. : Quel est le but de l’événement organisé au Centre Culturel Chinois en février?

W.K. : Le 27 février prochain, l’OCM  organise son 10e Banquet chinois annuel. Cette année, on a réussi à avoir accès au Centre culturel chinois ; d'abord, on travaille toujours avec le même restaurant chinois, on a maintenant plus d’espace. C’est un de mes événements favoris du calendrier des levées des fonds de l’OCM.  Le coût modeste du billet (seulement  75$ par personne) est l’occasion propice pour inviter tous vos amis et y passer une soirée mémorable. On va avoir des musiciens chinois qui vont aider à passer des moments très agréables. En plus, c’est un très bon rapport qualité-prix, un événement accessible à tous. Notre défi financier pour ce banquet  est de ramasser 15,000 dollars. C’est toujours un succès, notre banquet chinois.
I.-A.S : Merci beaucoup pour votre temps et bonne chance dans toutes vos activités !
W.K : Merci à vous !

Février 2008

Perreau et la Lune: Une œuvre remarquable

par Lucie Poirier
journaliste-analyste

uan Manuel Vasquez

Perreau et la Lune live au Quat’sous réunit le DVD de la captation du spectacle de Yann Perreau le 2 juin 2007 et l’intégrale des 18 chansons réparties sur 2 disques compact audio. Cette œuvre représente aussi un résumé des accomplissements de sa carrière puisqu’on y retrouve tous ses vidéoclips. Responsable des arrangements et des manipulations électroniques, Alex McMahon l’accompagne sur scène au piano et à la batterie.

Oubliez les habituelles scènes de «roadies» et de transport d’instruments infligées dans les Live, au Québec nous avons des artistes qui ont achevé un DVD original par son contenu et sa présentation. Le spectacle donné par Perreau et McMahon ainsi que la captation et le montage relèvent d’un sens artistique remarquable. Grâce à cette réalisation d’Éric Morin et ce montage d’Alain Loiselle, le visionnement du DVD devient une expérience en accord avec la densité émotive et raffinée élaborée sur scène.

Dans la délicatesse de l’évocation lunaire, l’appréciation du public, le DVD s’ouvre sur les pas du chanteur-compositeur dans la ville nocturne et l’entrée des deux protagonistes, Alex et lui, sur la scène bleutée que perce un éclairage blafard.

En entrevue, lors du lancement, Yann m’affirmait : «C’est une mise en scène serrée mais j’y nage comme un poisson dans l’eau. J’ai fait un spectacle intimiste pour être proche du monde. C’est dépouillé, dans une proximité avec la source de mes chansons».

Il commence, la main sur le cœur, le déhanchement fluide, il évoque la séduction des crooners dans Ma dope à moi  où il déclare «Tout c’que j’ai eu de facile ne vaut rien».

La succession inventive des gros plans, séquences de dos, plans d’ensemble, fait de ce document visuel une œuvre créative cinématographiquement confirmant la préoccupation de qualité poétique qui caractérise Yann Perreau dans tout ce à quoi il se consacre.

La maîtrise de sa présence assurée confère une intensité à l’interprétation exigeante qu’un contexte aussi concentré entraîne; tout dépend d’eux, de lui, du talent déployé à charmer, fasciner, captiver.

Il a travaillé avec Pol Pelletier et sur scène cette formation théâtrale est perceptible. Ainsi, dans La cage en or, il établit une transmission directe, prenante, presque tranchante, implacable tout en étant chargée.

Les vêtements et le fond de la scène étant noirs, les visages et les mains, les mouvements et les gestes sont davantage perceptibles. Perreau invite alors à la libération. Cette incitation s’accorde avec sa volonté. Il m’a admis sa préoccupation de «revendiquer le droit d’être libre, souverain, total, libre d’esprit dans les limites de la bonne morale.» Il chante donc : La liberté est un voyage. Sois vigilant. Et merveilleux.»

Soul Circus relate adéquatement l’univers varié de Perreau. La chanson succède à une brève séquence extérieure du coin de rue où trônait depuis 52 ans la petite salle montréalaise dont le chanteur a clos la consécration en étant le dernier artiste à s’y présenter avant sa démolition.

La participation d’Alex McMahon surpasse la contribution musicale, il est le complice indispensable des interactions de Perreau qui l’implique dans ses mimiques faites en aparté.

Pour La planète est une île l’ambiance est encore plus réduite, minimaliste, rappelant la fragilité de la Terre qui dépend de la moindre de nos décisions alors que «La nature sait choisir».

Éclairage rouge de science-fiction et de sang, gravité solennelle, L’amour est une bombe, chandelles, éclairage blanc, clignotements, feux de circulation, au piano, il retrouve sa Guerrière pour une interprétation expansive avant de relater son voyage à la lune avec une attitude timide.

Car, c’est consciemment qu’il entretient une dualité, me dévoilait-il : «Je suis à la fois sensible et batailleur. J’ai de la douceur, je suis mégagénéreux, à l’écoute, observateur et plein de compassion. J’ai un coté baveux, revendicateur, subversif, fonceur». Il utilise bien ses propensions rebelles et ses inclinations sensibles, il est, ajoutait-il : «Un rêveur qui ne trouve son chemin qu’au clair de lune et qui comme punition aperçoit l’aurore avant les autres».

Yann Perreau et son habile équipe nous permettent de renouer avec le potentiel humain trop souvent dissipé, atténué, par les effets spéciaux. Il souhaite que le public retienne : «L’intégrité des deux artistes. La passion dans le plaisir, la rigueur dans le plaisir».

Il nous apprend que sur la lune la monnaie n’existe pas «c’est la poésie qui paie». La douce chanson Pousse-moi des ailes qu’il a composée pour le film La vie secrète des gens heureux précède la dramatique interprétation de Le Marin quand le rayon d’un projecteur trace son ombre dans l’orbe clair comme la lune

Avec sa souplesse animale, il ressemble au «Lezard King» de Jim Morrisson; il insère d’ailleurs un extrait de Moonlight Drive des Doors à La lune alors que son talent d’acteur le rend apeurant. Il rappelle John Barrymore qui avait été immortalisé en interprétant Mr. Hyde, sans maquillage, par la seule force de sa conviction.

Lors de son spectacle en 2005, il jouait le thème de la télésérie The Persuaders de John Barry; pendant cette tournée, il emprunte à Pablo Neruda, Patsy Cline, Bertolt Brecht, Arthur H, prouvant la diversité de ses inspirations.

Toujours passionné par son symbole de prédilection, il prend son mélodica à tube pour introduire son Hymne à la lune qu’il fait d’abord a cappella avant d’enchaîner avec Cloudy  mélancolie et de terminer avec La peur alors qu’il proclame : «S’aventurer, se déployer Ça empêche d’étouffer».

Il garde des allures de gamin avec une expérience d’homme qui vieillit vite. Son romantisme côtoie une ardeur de vivre dans l’apothéose de ce spectacle qu’il voulait éternel et qui grâce à ce DVD d’une qualité exceptionnelle par sa minutie et son originalité va perdurer.

Lors de notre rencontre, mon fils nous a rejoint et Yann nous disait :« je ne veux pas toujours faire des affaires rock mais après ce show plus théâtral, je vais revenir à quelque chose qui bouge plus, qui déplace. Ça fait partie de mon cheminement».

Dans la nuit, un Perreau lunaire est passé et son sillage émerveille encore.

Yann Perreau Perreau et la Lune live au quat’sous DVD et 2 CD Bonsound records BONCD003

Février 2008

PONTICELLO - quatre fois plus d’émotion

Iulia-Anamaria Salagor

Mioara Cortez

En tant que stagiaire au  département culturel du Centre Leonardo da Vinci, j’ai rencontré Ioav Bronchti il y a plus de deux ans. Le 15 décembre 2005, comme premier violoncelliste de l’Orchestre symphonique Leonardo da Vinci, il a admirablement interprété le concert en la mineur op.129 de Robert Schumann.

Le 12 janvier dernier, j’ai eu la chance de le revoir entouré de ses « complices », Caroline Milot,  Pierre-Alain Bouvrette et Julie Trudeau,membres du Quatuor Ponticello, un ensemble de musique de chambre créé en 2003 à Montréal. Le répertoire très varié des quatre violoncellistes inclut des oeuvres baroques et romantiques, mais aussi du tango et du flamenco. Au programme, Piazzola, Moor, Muller, Paco de Lucia et de Boismortier interprétés avec beaucoup de passion et de plaisir par ces jeunes musiciens issus des plus grandes écoles du Québec et de l’étranger. Après le concert, dans les coulisses, j’ai échangé aussi quelques mots avec Monsieur Daniel Plamondon, leur agent, lui-même musicien.
Le dialogue avec les quatre protagonistes du spectacle se déroule dans une atmosphère imprégnée de joie de vivre, du désir de partager leur amour pour un instrument spécial.

Iulia-Anamaria Salagor : Décrivez en quelques mots les particularités de votre instrument (le violoncelle)  parmi les autres instruments de musique et pourquoi vous l’avez choisi ?

Julie Trudeau : Quand j’étais très jeune, j’allais dans une école où j’ai dû choisir entre le violon et le violoncelle. Les cordes graves m’attiraient énormément, le choix s’est fait très simplement. Le violon était à la mode, le violoncelle moins… J’ai choisi le violoncelle parce que c’était plus spécial….

Caroline Milot : Moi, j’ai commencé par le piano et j’ai tout de suite eu la piqûre  pour la musique.  J’ai commencé à 4 ans et puis j’ai choisi le violoncelle; c’est un super  instrument qui a plus d’amplitude que le violon. Le violon reste dans les aiguës et les suraiguës, tandis que le violoncelle peut jouer très grave. C’est autant un instrument d’accompagnement que de soliste. Le violoncelle peut se jouer dans différents registres et peut avoir différents rôles.

Ioav Bronchti: Pourquoi j’ai choisi le violoncelle, je ne me rappelle pas vraiment, mais en sortant d’un concert j’ai dit à ma mère que j’aimerais en jouer. J’avais 10 ans et mes parents m’ont inscrit immédiatement pour les cours. Aujourd’hui je ne le regrette pas. C’est un instrument spécial, qui a vraiment un timbre humain; en plus, son registre  s’étend de la basse au soprano. C’est un instrument qui se mélange bien aux autres violoncelles, plus que n’importe quel autre instrument.

Pierre-Alain Bouvrette : Pour moi, c’était vraiment une chance, car je me considère bien chanceux d'être tombé sur le violoncelle. Je suis bien content de la Providence.

I.-A.S. : Quel serait le syntagme pour définir le Quatuor Ponticello ?

I.B. : La musique de chambre avec quatre fois  le même instrument.
C.M. : Original et spécial.
J.T. : Plus il y a de violoncelles, mieux c’est.
P.-A.B. : La plus belle musique pour le plus grand public.

I.-A.S. : Quels  sont vos compositeurs préférés ?

I.B. : Ils sont vraiment nombreux. J’ai  beaucoup d’admiration pour les classiques - Bach et Mozart- mais j’aime la diversité. Il y a des compositeurs très connus à leur époque, mais qui sont  tombés dans l’oubli aujourd’hui parce que leur travail n’a pas été bien préservé. Il y en a aussi de moins connus, mais qui ont écrit de très belles pièces pour quatuor de violoncelle. On a joué ce soir des pièces d’Emanuel Moor et Joseph  Jongen, par exemple.
C.M. : Moi aussi j’admire beaucoup les grands classiques qu’on joue malheureusement moins au violoncelle : Beethoven, Bach, Brahms, Schubert.

J.T. : Moi, j’aime entre autres Shostakovich et Brahms. Dans la musique, j’aime écouter quelque chose de grandiose qui me fait penser : bon, je peux mourir demain.

P.-A.B. : Je ne sais pas quoi répondre à ça parce qu’il y a trop de compositeurs pour n’en choisir qu’un seul. Mais si je dois me limiter à 5 partitions que j’amènerais avec moi sur une île déserte, je  choisirais : Beethoven, Shostakovich, Bach, Mozart et Boulez.

I.-A.S. : Chacun d’entre vous a une expérience internationale, en tant qu’étudiant, boursier ou artiste invité en concert. Quel événement, quel pays ont marqué votre carrière musicale?

I.B. : Moi, j’ai commencé en Israël, ensuite j’ai étudié en Suisse pendant 10 ans, j’ai fait mon  baccalauréat en Europe, mais le Québec a marqué vraiment mon parcours musical. L’approche ici est différente de l’Europe. L’Europe a une approche plus puriste, en Amérique du Nord l’approche est plus ouverte. C’est le Québec qui a changé ma manière de jouer.
J.T. : Je suis née au Québec et j’ai étudié à Paris où j’ai eu la chance d’assister à des concerts qui  ne se font jamais ici, au Canada. Par exemple, l’intégrale de Wagner que j’ai entendu la semaine de mon arrivée.  Je me suis dit : « Voilà, je suis en Europe ! »  C’est ça qui m’a marquée : l’accessibilité aux concerts, un répertoire qui n’est pas abordé ici, la chance de voir de grands interprètes.
C.M. : C’est sûr que quand on voyage on est toujours bouleversé par  certaines choses au niveau de l’inspiration. Quand j’ai visité Vienne, sans aller au concert, j’ai assisté à un festival du film sur la musique classique : 2000 personnes  face  à un grand écran. Aux Etats-Unis, j’ai assisté aux concerts de l’Orchestre de Cleveland et  ce fut une de mes plus belles expériences. Par contre, en Chine, c’est complètement différent. On a joué beaucoup en Chine, mais là-bas, il y a moins de musique classique. Ils connaissent un peu les grands classiques, les circonstances historiques les ont empêchés d’avoir contact avec les cultures occidentales, mais c’est aussi une belle expérience que de jouer pour ce public. Les musiciens sont vraiment chanceux d’avoir la chance de voyager. Nous sommes  jeunes et nous sommes invités à aller à l’étranger deux fois par année, ça, c’est merveilleux !
P.-A.B. : Quand j’avais 14-15 ans, j’ai  assisté à un concert avec le violoncelliste Serguei Dyachkov qui a interprété Dvorak,  Bach et Beethoven et  j’ai été tellement impressionné que je me suis dit : c’est comme ça que j’aimerais jouer un jour.

I.-A.S. : Voilà une réponse qui m’amène à la question suivante. Est-ce que vous avez un  modèle parmi vos professeurs ou d’autres artistes?

J.T. : Pour moi,  il n’y a pas qu’une seule personne ; il y a plusieurs artistes que j’ai écouté ou avec qui j’ai travaillé,  qui ont influencé ma façon de jouer ; j’ai pris de chacun des éléments qui étaient en concordance avec ma philosophie musicale. Il y a de grands violoncellistes comme Jacqueline Dupré, par exemple, pour sa façon  d’interpréter Elgar. C’est à force d’écouter qu’on découvre avec les années de nouveaux interprètes,  comme ce violoncelliste russe que j’ai viens de découvrir et que j’adore : Anton Glazunov.

C.M. : Je crois que nous sommes tous admirateurs d’un quatuor de violoncellistes russe qui s’appelle Quatuor Rasrelli et « Les 12 violoncelles de Berlin» qui est un excellent ensemble.

P.-A.B. : Je pense aussi à « Apokaliptika » qui, même si c’est un autre style et qui n’a pas une influence  aussi directe sur nous, a démontré  comment on peut employer le violoncelle…

I.B. : On essaie de faire la même chose dans  nos concerts en offrant au public différents styles musicaux joués au violoncelle, de la musique pop, de la musique contemporaine à la musique baroque en passant par la musique folklorique  de différents pays…On a passé une semaine entière avec le quatuor Artis de Vienne, qui est un quatuor à cordes avec une expérience de plus de 25 ans et qui a fait le tour du monde. Ils nous ont  beaucoup encouragés, enseignés 8 heures chaque jour et nous ont même envoyés  à notre grande surprise la dernière pièce de notre répertoire de ce soir : Morgen de Richard Strauss. Mais, pour moi, la rencontre avec  Mischa Maiski m’a vraiment marqué. J’étais en Suisse, je me suis trompé de train et je me suis retrouvé avec Maestro Maiski assis en face de moi.  Pendant 45 minutes, j’ai eu une discussion extraordinaire sur sa façon de voir la musique.

I.-A.S. : En 2007 le Quatuor Ponticello a reçu le prix destiné aux artistes de la relève du réseau de diffusion culturelle de la ville de Montréal, à l'occasion de la 20e édition de la Bourse Rideau. Quelle est la signification  de ce prix pour vous ?

I.B. : Ce prix a une grande signification à  nos yeux, puisqu'en plus de la reconnaissance de tout le travail que nous avons accompli jusqu’à maintenant, il nous permet de nous faire connaître  auprès du public montréalais. Il nous offre une tournée de 10 concerts dans les différents arrondissements de Montréal avec une publicité qui augmente la visibilité de ces concerts. De plus, la plupart de ces concerts sont gratuits pour le public, ce qui permet de rendre notre musique accessible à tous. Jusqu'à présent, les salles sont presque toujours pleines, ce qui est très encourageant pour nous.

I.-A.S. : Votre répertoire est inusité et très varié  (du baroque au flamenco).  Quels sont les critères   qui guident votre choix pour les pièces  à  interpréter ? Quel est votre public cible ?

I.B. : Le quatuor de violoncelles offre un énorme éventail de possibilités qui nous permet d'explorer toutes sortes de styles musicaux. Le but de ce programme est de présenter le quatuor de violoncelles au public qui, souvent, en est à  sa première expérience de ce type. Nous avons donc tenu à  toucher à différents styles. Ce programme commence à l'ère baroque et s'entend jusqu'au répertoire contemporain en passant par l'ère romantique et la musique traditionnelle comme le tango ou le flamenco. On n'a pas le temps de s'ennuyer... Nous ne ciblons pas de public en particulier, mais nous nous rendons bien compte que des gens de tous horizons viennent nous écouter.

I.-A.S. :En mars 2008, le Quatuor Ponticello se joindra à l'ensemble de percussions du FESTIVAL USINESONORE, ayant lieu tous les deux ans, en Suisse Romande. Quel sera votre répertoire pour cet événement ?

I.B. : Tout d'abord, le festival USINESONORE a commandé une pièce à Jacques Demierre, compositeur suisse, pour quatuor de violoncelles et ensemble de percussion. Cette pièce est en fait un spectacle de 45 minutes avec mise en scène. Le deuxième soir, le quatuor y jouera le programme Du baroque au flamenco avec une pièce nouvelle, commandée  au compositeur québécois Antoine Bareil. Puisque nous y jouerons une pièce nouvelle suisse, nous avons tenu à  en profiter pour présenter l'un de nos compositeurs.

I.-A.S. : Quels sont les autres projets pour Quatuor Ponticello en 2008 ?

I.B. : Nous travaillons  présentement sur divers projets. En plus de nos concerts réguliers, nous ajouterons deux programmes nouveaux pour l'année 2008. De plus, nous  avons commandé quatre nouvelles oeuvres pour quatuor de violoncelles à divers compositeurs canadiens pour un concert diffusé par l'Ensemble Contemporain de Montréal. C'est très excitant de savoir que ces oeuvres seront jouées par nous  la première fois pour ensuite, nous l'espérons, être jouées régulièrement par d'autres quatuors de violoncelles. C'est une participation directe au répertoire du quatuor de violoncelles. Au printemps 2008, nous entrerons en studio pour enregistrer un disque sous étiquette Disques XXI-21. Autrement, d'autres tournées à  l'extérieur du Québec sont dans l'air et, évidemment, toujours une présence québécoise.

I.-A.S. Merci beaucoup et bonne chance !
J’invite donc, ceux qui veulent vivre  un moment d’émotion pure dans le monde  sonore, d’aller voir cette jeune formation de quatre violoncellistes au répertoire unique! Il reste encore trois concerts, présentés gratuitement dans le cadre de la tournée Accès Culture Montréal, les 23 et 24 février et le 6 avril prochain.

 

Février 2008

Miruna Tarcau - o poveste care continua

Iulia-Anamaria Salagor

Mioara Cortez

Asociatia Canadiana a Scriitorilor Romani, (A.C.S.R.) a fost inregistrata la Montreal la data de 1 martie 2001, avandu-i ca membrii fondatori pe Alexandru Cetateanu, Irina Egli, Felicia Mihali, Eugen Enea Caraghiaur, George Filip, Livia Nemteanu-Kiriacescu, Ionela Manolescu, Zoe Torneaunu-Vasiliu, Sorin Sonea, Cezar Vasiliu si Dragos Samoila.  Pe pagina web a asociatiei se preciseaza “Asociatia are ca scop sa reuneasca scriitorii de origine romana din Canada si sa promoveze cultura romana in Canada si cultura canadiana in Romania”. In prezent ACSR numara 22 membri, la care se adauga 6 membrii onorifici si un membru stagiar, acesta din urma fiind tinara scriitoare de 17 ani (de orgine romana si de limba franceza) Miruna Tarcau.

Pe Miruna Tarcau, studenta la colegiul montrealez Stanislas- sectia literatura franceza,  am intilnit-o pentru prima oara  in noiembrie 2007, la Salonul de carte de la Montreal.  O conversatie mai lunga am avut insa abia la inceputul acestui an, cand am asistat la lansarea in comunitatea romaneasca  a celui de-al doilea roman al Mirunei, La Guerre des Titans - le choix de Selenae, vol.1. Evenimentul a avut loc in 27 ianuarie 2008, la Montreal, in Sala parohiala preot Petre Popescu si a fost organizat de Biserica ortodoxa romana "Buna vestire" si Revista Candela. Despre cartea Mirunei Tarcau au vorbit cu aceasta ocazie doi  poeti- Adrian Erbiceanu si George Filip-  si Daniel Constantin Manolescu, tribun al Forumului pentru Istorie, Cultura si Latinitate « AGORA ROMAGNIA LATINA ».

Miruna Tarcau a ajuns in Canada la varsta de 2 ani, impreuna cu parintii  si sora ei. A inceput sa invete limba franceza la varsta de 4 ani, la gradinita. De atunci franceza este limba in care studiaza, se exprima si scrie cel mai frecvent, chiar daca recunoaste ca  limba materna este limba romana. « Gandesc si in romana si in franceza. Cu parintii si mai ales cu bunicii, care nu vorbesc alta limba, comunic in romana.Dar am invatat sa scriu prima oara in franceza. Mai greu a fost cand am invatat engleza, caci la inceput traduceam totul din franceza » S-a intors in Romania abia in 2006, ca turist, vizitand orasele Bucuresti si Cluj si manastirile din Moldova. Sentimentul pe care l-a resimtit a fost  totusi de « mediu familiar, ca cel din comunitatea romaneasca de la Montreal ».

Debutul literar al Mirunei a avuc loc in urma cu  6 ani, cu poeziile « Il était une fois parmi les Dieux », « La folie des yeux » şi « L'horloge du village » publicate în revista Mots-Garous la Paris. Primul volum , L'Ile du Diable, este un roman politist de 400 de pagini, publicat la editura Carte Blanche in noiembrie 2006, si inspirat de scrierile Agathei Christie. Miruna a avut sansa sa-si prezinte personal  romanul de debut  la Salonul de carte de la Montréal,  la Salonul de carte de la Paris şi  la Salonul de carte de la Québec.

Despre cel de-al doilea roman al sau, aparut la editura Christian Feuillette, Miruna spune : « Este o saga fantastica. M-am inspirat din Iliada lui Homer. Am folosit multe epitete care se intilnesc in scrierea antica. Am citit inainte si Odiseea, intr-o varianta prescurtata. O alta lectura care m-a influentat a fost Lord of the Ring. Am citit  romanul lui J. R. R. Tolkien in limba engleza si m-a impresionat faptul ca scriitorul  a fost participant direct la primul razboi modial. Faptul ca a fost acolo, in transee, l-a traumatizat si a imaginat in romanul sau un alt razboi mondial. De fapt vreau sa arat in cele 4 sau 5 volume ale acestei saga –deja lucrez la al doilea volum, transformarile artei razboiului. Razboiul Titanilor nu a fost undeva in timp, el este permanet, actual. Razboiul este ipocrit, caci vechii inamici pot deveni aliati pentru diferite interese. Astazi asistam la un razboi financiar si mediatic. Bush nu este in Irak; alta data regii erau pe campul de lupta… Nu vreau sa spun ca era mai bine inainte, ci doar sa arat ca viziunea despre razboi este alta. Personajul principal din primul volum, Selenae este o razboinica. Ea traieste doar pentru razboi, dar va evolua in celelalte volume, va trece prin diferite epoci si isi va da seama ca odata ce apar armele de foc, lucrurile se schimba…Notiunea de eroism este relativa si ea… »

Cautarea unui editor care sa accepte publicarea  primului roman al Mirunei a durat un an de zile. Volumul era foarte mare- 400 de pagini-, iar autoarea extrem de tanara,  o adolescenta de 16 ani. Pentru al doilea roman, Miruna a avut mai mult noroc : «  Cand am participat in primavara la Salonul de carte de la Paris cu Ile de Diable, coincidenta a facut ca standul Quebec-ului sa fie asezat in spatele standului Romaniei. Mergeam des la activitatile organizate acolo si am cunoscut multi romani. Asa am reusit   sa vand toate cartile pe care le-a trimis editura la stand. Probabil ca domnul Christian Feuillette a fost surprins de asta. Salonul de carte de la Paris este foarte mare, concurenta este foarte puternica si au fost scriitori veniti din Quebec care desi aveau mai multa experienta decat mine, nu au reusit sa vanda foarte multe volume. Sansa a fost sa fiu in acelasi avion cu editorul, la intoarcerea la Montreal. Aveam prima parte  a manuscrisului Guerre de Titans la mine. Scrisesem jumatate din roman intr-un timp scurt, intre noiembrie si aprilie. Domnul Feuillette l-a citit in avion, i-a placut si cand am ajuns la Montreal m-a invitat la discutii pentru publicarea romanului. »

In ceea ce priveste planurile de viitor, ochii Mirunei stralucesc si raspunsul nu se lasa asteptat : « O alta saga ! Daca prima – La Guerre des Titans- are ca tema razboiul, urmatoarea va fi despre istoria omenirii. Personajul principal scrie un jurnal intim in care povesteste o calatorie in timp pe care o va face,  din zilele noastre se va intoarce cu un million de ani in urma. Nu am totul foarte clar acum, dar asta este ideea principala… »

Intrebata despre reactiile pe care romanele sale le-a provocat in randul cititorilor, Miruna raspunde zambind : « Reactiile au fost foarte pozitive. Publicul meu este format din adolescenti. Colegii mei au cumparat cartile mele si imi fac sugestii despre ce si cum ar trebui sa faca personajele in viitor. Dar si adultii pot citi romanele mele ca sa descopere o alta viziunea asupra unor teme ca razboiul sau istoria. La lansarea romanelor in comunitatea romaneasca am simtit o atmosfera speciala, diferita de cea din mediul montrealez francofon. O atmosfera familiala, toata lumea ma incurajeaza, am inceput sa-i cunosc pe cei din comunitate, sa comunic cu ei. Am si cateva lecturi in limba romana. Am citit mai multe volume de poezie si romanul Feliciei Mihali –Tara branzei. Sunt bucuroasa sa fiu inconjurata de asemenea persoane. »

Ma despart de tanara adolescenta cu convingerea ca imaginatia si curiozitatea specifica varstei, dublate de o maturitate de necontestat si de lectura asidua nu pot sa aiba decat rezultate « foarte pozitive ».

Photo: Miruna Tarcau alaturi de Adrian Erbiceanu

Février 2008

«Prendre la musique comme moyen de transmettre des messages, permet d’éviter le piège d’être trop abstrait car celle-ci constitue un véhicule plus démocratique qui allie l’émotion et l’idée, en permettant de mieux faire passer des discours complexes »

Interview avec la chanteuse Maude Maracaurelle

« La réalité n'est pas toujours belle à dire ou à chanter»

Luz Garcia de Zielinski

Maude Maracaurelle

J’ai connu la chanteuse Maude Maracaurelle il y a presque deux ans.  Maude est une jeune femme battante qui lutte depuis son jeune âge pour dénoncer les inégalités sociales, ainsi que la violence faite aux femmes et aux enfants. C’est pour cette raison qu’elle a formé un groupe, « Dissidence », composé exclusivement de jeunes femmes, qui ont choisi de lutter et de se « battre » en chansons.  Comme elles disent: « La réalité n'est pas toujours belle à dire ou à chanter», mais elles ont choisi d’aller jusqu’au bout avec des chansons comme Biodiversité, Cœur androgyne, Femme rebelle, Je te crache, Hurle, Agresseurs, etc.

   J’ai appris qu’en 1999,  lors d’un voyage organisé par son école, notre invitée est allée au Nicaragua et depuis, elle supporte et aide au financement de « La Nandaimena »,  radio communautaire de là-bas.  La radio y est très importante puisque c’est une source d’information essentielle pour la population. Les recettes de son plus récent album, Le cri de l’opprimée,  servent à ramasser des fonds pour cette cause.

   Dans ce disque, l’artiste exploite une panoplie et un mélange de courants musicaux, dont :  le folk, le punk, le rock et le reggae.   À l’écoute de l’album, les textes apparaissent d’une justesse et d’un sérieux surprenant, contrastant harmonieusement avec la musique très gaie s’abreuvant des plusieurs styles, comme je l’ai mentionné plus haut.  Les commentaires qui reviennent le plus souvent mettent l’accent sur la fierté d’appuyer une bonne cause et d’avoir un CD de qualité.   Le but de cette production indépendante est de transmettre l’espoir d’une vie meilleure pour les gens d’ici et de l’extérieur.

LUZ :  Depuis quand existe-t-il votre amour pour la musique?

Maude Marcaurelle : Depuis que je suis toute petite, j’ai toujours aimé chanter et danser.  Chez mes parents, il y avait toujours de la musique, donc je pense que je « me suis fait l’oreille » assez tôt.  Je faisais souvent des petits spectacles pour ma famille.  J’ai appris la guitare par moi-même à partir de l’âge de dix ans et j’ai commencé à écrire de la poésie à douze ans. 

L. :     Dans votre famille, on appuyait beaucoup la musique et les arts.  Parlez-nous de ça..

MM :   Effectivement.  Il y a mon oncle François Marcaurelle, qui est décédé d’un cancer en mars 2006, qui est l’un des créateurs de l’OFF Festival de Jazz de Montréal dont le but est d’offrir un espace réel pour faire connaître les artistes locaux qui font de la musique jazz, donc, un festival en marge du Festival international de Jazz de Montréal.  François était lui-même un compositeur et un pianiste virtuose.  Il était très impliqué.

L. :     Quelles sont les personnes qui vous ont inspirées dès votre plus jeune âge?

MM :   Mes parents m’ont beaucoup influencée.  Mon père est un amateur de musique de tous les styles, il compose lui-même depuis sa jeunesse et je crois qu’il m’a transmis une partie de son talent.  Il m’a communiqué aussi le besoin et le plaisir de m’exprimer par la musique.  Ma mère m’a influencée surtout par ses convictions et la place qu’elle a toujours su prendre en société.  Je dirais que mon oncle François demeure aussi une influence, mais plus tardivement dans ma vie.

L. :     Vous venez d’une famille avec des valeurs sociales et engagées et qui pratique un art engagé…..Est-ce que vous voulez nous parlez de ça

MM :   Oui, ma mère, Diane Lafrance, qui est décédée, elle aussi d’un cancer, en 2004, était une grande féministe et syndicaliste.  Elle a milité toute sa vie et elle s’est toujours engagée auprès des jeunes, des femmes et des personnes défavorisées.  Mon père, Jean Marcaurelle, qui a milité surtout dans sa jeunesse, écrit des chansons depuis l’âge de dix-sept ans.  Il en a composé plusieurs qui contiennent clairement un message d’espoir et de revendication pour une meilleure humanité, un partage des richesses et un plus bel avenir pour la terre.  Il parle aussi des luttes des peuples des Amériques; comme celles des autochtones.

L. :     Parlez-nous de votre expérience au Nicaragua?

MM :   Ma première expérience était en 1999, un stage de sensibilisation avec mon école secondaire qui a littéralement changé le cours de ma vie.  Je n’ai plus la même vision du monde depuis.   Mon désir de justice sociale s’est affirmé et manifesté très clairement à partir de ce jour et ne m’a jamais quitté depuis.

L. :     Comme est-elle née l’idée de faire quelque chose pour le Nicaragua et pourquoi?  Vous vivez dans un pays où vous pouvez juste vous contenter de votre art et oublier l’aspect social.

MM :   Je ne pouvais pas renier la réalité criante du peuple nicaraguayen qui m’avait ouvert les yeux sur le monde.  J’avais envie d’être une alliée des personnes marquantes que j’avais rencontrées là-bas, plutôt que de rester l’ennemie à combattre.  Je crois que davantage de gens devraient partager leurs privilèges quand ils sont en position d’oppresseurs dans le système. 

Maude Maracaurelle

L. :     Avez-vous pris des cours de musique ou êtes-vous autodidacte?

MM :   J’ai suivi des cours de piano durant mon enfance, mais je n’ai pas persévéré, je n’aimais pas la théorie ni les concerts de fin d’année.  Je joue de la guitare et je chante « à l’oreille », comme on dit.

L. :     Dans vos chansons, il y a beaucoup de revendications et vous vous concentrez beaucoup sur le féminisme.  Pourquoi avoir choisir le féminisme?

MM :   Il y a tant de choses à dire et à dénoncer à propos de la condition des femmes d’ici et d’ailleurs.  C’est un thème qui n’est pas assez touché en chansons.  Ma soif d’égalité entre les sexes est ma conviction la plus profonde.  J’ai décidé d’y consacrer ma vie… alors pourquoi ne pas le faire aussi en chantant?

L. :     Pourquoi avoir choisi le Nicaragua et non pas un autre endroit pour aider??

MM :  Parce que je suis une personne loyale et fidèle.  Le Nicaragua est mon premier engagement social important.  J’ai une dette envers les personnes qui ont ouvert ma conscience sociale et planétaire.

L. :     Parlez-nous de la différence de vie entre les femmes d’ici et les femmes de Nicaragua comme musiciennes??

MM :   Je n’ai pas eu la chance de rencontrer des femmes musiciennes au Nicaragua.  Je n’ai vu que des hommes jouer de la guitare.  Le peuple que j’ai connu essaie surtout de survivre.  Les femmes doivent s’occuper de la maison et des enfants, en plus de devoir trouver un petit revenu pour pouvoir nourrir la famille.  Elles n’ont pas beaucoup de temps et d’argent pour s’amuser.  Il est rare pour les femmes nicaraguayennes (du peuple) d’avoir accès à des instruments de musique.  Peut-être les plus riches, je ne sais pas.  Par contre, au Centre communautaire où j’étais, les danses folkloriques occupent une grande partie de leurs loisirs et de leurs arts.

L. :     Est-ce que votre public d’ici ou du Nicaragua est réceptif à cette sorte de message??

MM :   Cela dépend du public. Les personnes qui sont déjà un peu conscientisées aux injustices sociales sont généralement ouvertes tant au Québec qu’au Nicaragua. Elles sont touchées par la vérité et la réalité qui se dégagent des textes.  Par contre, il est certain que le féminisme fait réagir de manière générale que ce soit en chanson ou autrement.  J’ai l’impression que la majorité des gens croient que les femmes d’ici ont obtenu assez de pouvoir et qu’elles sont même en train d’écraser les hommes.

L. :     Avez-vous beaucoup d’appui du gouvernement d’ici pour ce genre de projet socio-culturel « engagé »?

MM : Je n’ai jamais fait appel au gouvernement. 

L. :     Selon vous, a-t-il eu beaucoup de changements pour les artistes femmes ici au Québec depuis votre enfance?

MM :   Je crois que les femmes artistes qui veulent percer dans le milieu de la chanson sont toujours confrontées aux standards de beauté.  Elles doivent souvent se conformer au moule de l’industrie du disque.  Par contre, je crois qu’il y a de plus en plus de femmes musiciennes.  Je remarque cependant que la majorité des groupes de musique sont constitués d’une plus grande partie d’hommes que de femmes.  Personnellement, avec Dissidence, il n’est pas rare que les gens demandent si nous allons rester juste « une gang de filles », comme s’il y avait quelque chose qui manquait.  A-t-on déjà posé la question à un groupe de musique constitué seulement d’hommes s’ils se suffisaient à eux-mêmes (à part moi peut-être!?)

L. :     Comment voyez-vous l’avenir des femmes musiciennes au Québec?

MM :   Je crois que je ne suis pas assez dans le milieu pour répondre à cette question.  Je connais quelques artistes très talentueuses qui n’arrivent pas encore à percer.  Les arts ne sont pas reconnus à leur juste valeur en général, ni les femmes.  Le gouvernement coupe beaucoup dans le social et le culturel, il préfère encourager la guerre.  En espérant que les choses changent. 

L. :     Comparé avec beaucoup d’autres pays dans le monde, ici au Québec ou en Canada, il y a un meilleur respect pour la femme.  Croyez-vous que le Canada peut-être un exemple à suivre au niveau de l’avancement de la femme dans le monde entier?

MM :  C’est un fait qu’il y a eu beaucoup d’avancées au Québec et au Canada pour les femmes.  Mais, des fois on oublie que ce n’est pas grâce au Canada, mais bien aux femmes qui ont dues aller en prison de nombreuses fois avant d’obtenir des droits qu’elles ont réclamé durant plusieurs années.  On oublie aussi que ces avancées sont toutes récentes.  Les femmes mariées sont reconnues comme des personnes seulement depuis 1929.  Le Québec est la dernière province au Canada à avoir accordé le droit de vote aux femmes en 1940, et c’était initialement seulement aux femmes blanches.  L’avancée des femmes s’est accentuée dans un contexte de changements de valeurs durant la révolution tranquille.  Il est certain que cela a favorisé nos gains même s’ils ont été obtenus de longues luttes.  Par contre, le patriarcat est un système global qui traverse l’histoire et les peuples.  Il est ancré en chacun et chacune de nous.  Les violences envers les femmes persistent tout comme plusieurs inégalités si on regarde l’exploitation sexuelle des femmes, la répartition des tâches et les discriminations de toutes sortes.  Même si on note des avancées, il ne faut pas nier la réalité : nos gains sont fragiles, et nous devons changer les systèmes en profondeur si nous voulons en faire d’autres.

L. :     Avez-vous d’autres projets pour continuer votre lutte sociale pour aider les enfants et les femmes du Nicaragua ou d’un autre endroit?

MM :   J’ai trop de projets.  Mon défi ces temps-ci, c’est surtout de maintenir mon énergie pour bien mener ceux qui sont en cours.

L. :     Est-ce que vous prévoyez des tournées avec votre groupe pour la promotion de votre deuxième album?

MM :   Il n’y a pas de tournées prévues. 

L. :     Parlez-nous de votre deuxième album « Le cri de l’opprimée » (textes et musique)

MM :   C’est un cri du cœur qui se veut porteur d’un changement de mentalité pour combattre les discriminations et les violences envers les femmes, les enfants, les peuples opprimés et la terre.  C’est une belle création collective.  Plusieurs auteures compositrices y ont participé dont Valérie Gagnon, Marie-Claude Goulet, Ana Popovic, Fabiola Ugarte, Karina Clavijo et moi-même.  Plusieurs musiciennes ont aussi apporté leur contribution pour la production du disque.

L. :     Préparez-vous un autre album?

MM :   Non, pas pour l’instant, car c’est beaucoup d’implication surtout quand on a un job officiel en plus et qu’on pratique la musique de façon militante.

L. :     Parlez-nous de votre groupe et de ses membres?

MM :   Nous sommes quatre musiciennes qui jouons régulièrement ensemble : Valérie Gagnon, Fabiola Ugarte, Catherine Beaudoin-Duval et moi-même.  Il y a aussi Ana Popovic qui reste en soutien et compose des chansons pour le groupe. 

L. :     Il y a actuellement juste des femmes dans le groupe……Est-ce difficile de travailler entre femmes, à cause de la compétition et de la jalousie?

MM :   Je suis toujours très étonnée de me faire poser cette question.  Nous avons une très belle complicité et je trouve ça très valorisant d’être dans un groupe uniquement de femmes, au contraire, il y a beaucoup moins de compétition et nous savons reconnaître les forces de chacune. 

L. :     Connaissez-vous les autres membres du groupe depuis longtemps?

MM :   Je connaissais déjà Ana par le réseau des centres de femmes.  Valérie était une connaissance.  Fabiola et Catherine m’ont été présentées par des amies spécialement pour le projet d’album et de groupe.

L. :     Qui est votre source d’inspiration féminine?

MM :   Ma mère.

L. :     Croyez-vous à une possible entente et vie du respect entres hommes et femmes?

MM :   Oui, j’y crois, parce que j’ai la chance d’être entourée de femmes qui portent des valeurs féministes et amènent les femmes à s’affirmer et à s’organiser, ainsi que les hommes à réfléchir et à se faire alliés plutôt qu’oppresseurs.  De plus, dans ma vie personnelle, il y a des hommes qui ont cette ouverture pour changer et prendre conscience du patriarcat. 

L. :     Avez-vous des spectacles à venir?

MM :   Oui, nous jouerons à Montréal le 1er mars, pour le Comité d’action et de coordination des femmes de diverses origines à l’Université de Montréal, ainsi qu’à Trois-Rivières à quelques occasions dans les prochains mois.  Vous n’avez qu’à consulter notre site internet si vous voulez connaître les détails : www.antipatriarcat.org/dissidence

L. :     Où est-ce qu’on peut se procurer vos albums?

MM :   Pour l’instant, à Montréal, il y en a au Bistro Double Dose et à la Librairie anarchiste L’insoumise. Vous pouvez également visiter notre site si vous voulez avoir les adresses précises.

L. :     Merci  Maude pour le temps et félicitations pour votre passion!

MM :   Merci et au plaisir de vous voir dans  l’un de mes spectacles.

Photo de LUZ:   Maude

Février 2008

L’abus sexuel au masculin

Entrevue avec Michel Dorais

auteur de l’essai Ça arrive aussi aux garçons

par Lucie Poirier
journaliste-analyste

Marie-Hélène da Silva

En 1997, Michel Dorais, professeur à l’École de service social de l’Université Laval, publiait le 1er ouvrage traitant de l’abus sexuel au masculin. Typo réédite son essai : Ça arrive aussi aux garçons. J’ai rencontré cet auteur qui a signé une quinzaine de livres en 20 ans. Ses recherches concernent des sujets négligés, occultés, contaminés par des tabous ou des préjugés; une exploration et un discours soutenus n’en sont que plus nécessaires.

Lucie Poirier : Dans les cas d’abus sexuels, trop souvent les victimes sont culpabilisées même lorsqu’il s’agit d’enfants. On parle de ré-agressions dans les réactions suite à leurs déclarations. Que constatez-vous dans les effets de l’abus et dans ce blâme envers les victimes?

Michel Dorais : L’abus sexuel, ça démolit une personne dans son intégrité, surtout que l’agression est faite par un proche aimé, respecté. L’enfant se dit : «C’est peut-être ma faute, je ne me suis pas assez défendu, je n’ai pas été bon à dire non». La prévention de l’agression sexuelle concerne les victimes. Aucune autre offense dans sa prévention ne s’adresse aux victimes. Par exemple : l’alcool au volant, on s’adresse à ceux qui commettent le crime. Dans les cas d’abus sexuels, le poids repose sur la victime. À 7-8 ans, l’enfant devrait être capable de se défendre. On pense que c’est facile de ne pas être agressé. C’est faux. Les enfants qui sont vulnérables, en recherche d’attention, d’affection, sont repérés par les agresseurs qui se donnent du mal pour faire croire que l’enfant a aimé ça, surtout s’il a eu une réaction physique, mécanique «normale» pour un corps en bon fonctionnement.

L.P. Effectivement, ce qui a été exprimé par des femmes qui avaient ressenti un orgasme lors d’une agression a aussi été dit par des garçons, des hommes, qui ont eu des réactions apparentes lors d’un viol; ces personnes vivent une dichotomie, une scission.

M.D. Il y a une différence entre la pensée et le corps, ce que ressent l’esprit, ce que ressent le corps. C’est un mythe : «Il suffit de dire Non. T’es un gars après tout». En cours de justice, la réaction physiologique apparente mène certains avocats représentant des agresseurs à dire que c’est même une initiation «je t’ai initié à la sexualité, à l’homosexualité ou à la bisexualité et tu as aimé ça». Donc, le petit garçon est mêlé, confus. L’agresseur déstabilise le petit garçon par le message. L’abus pour le petit garçon c’est souvent sa première relation sexuelle donc il ne sait pas c’est quoi la sexualité et il ne peut faire la part des choses entre une sexualité voulue, choisie ou subie, imposée.

L.P. Même si on en parle très peu, la réalité de l’abus sexuel au masculin est fréquente.

M.D. Un garçon sur six est victime. Et c’est peut-être un chiffre conservateur. Depuis mon livre, je reçois plein de confidences, des lettres, des courriels, de gens qui se sont reconnus «Je me suis compris» disent-ils. Donc, j’ai pas fait ça pour rien. J’ai fait deux recherches sur l’abus sexuel. Ça a pris six ans de ma vie. C’est un ouvrage difficile à faire mais c’est tant mieux que ça aide, que ça serve. Madame Nathalie Simard a beaucoup aidé à ouvrir la discussion sur la réalité de l’abus sexuel. Il y a beaucoup de services pour les filles mais peu pour les garçons. Et chaque gars a l’impression qu’il est l’exception. Il y a un déni familial, social. Quand le livre pour la 1e édition est sorti, j’ai fait 0 entrevues parce que c’était trop tabou, on ne savait pas comment traiter ça.

L.P. Au Canada, un jeune hockeyeur, Sheldon Kennedy, a dénoncé son entraîneur, Graham James. Il était seul à tout affronter car les autres victimes se taisaient. Il a été un précurseur de la verbalisation publique d’une réalité cachée. Puis, une 2e victime a parlé. James a infligé 300 agressions à Kennedy et 50 à l’autre; il a été condamné à 3 ½ ans de prison. Il travaille toujours dans le domaine du hockey, ce qui n’est pas le cas pour les deux victimes. «Le seul qui est encore là à faire ce qu’il aime c’est Graham. Ce n’est pas juste» déclarait Sheldon Kennedy avant d’ajouter : «Dans les cas d’abus c’est la confiance qui est ébranlée. Je n’ai jamais pensé que je pourrais me coucher sans avoir peur. Aidez-moi à vivre». (1) Il a eu des idées suicidaires, des problèmes de toxicomanie et a divorcé. On a l’impression d’une situation irrémédiable.

M.D. C’est jamais irrémédiable. La 1e forme d’aide c’est écouter. J’ai fait 70 entrevues, on me disait «On m’a jamais cru. Peut-être que vous allez me croire». Sheldon Kennedy, il y en a encore qui ne le croient pas. C’est des vies saccagées. Donc, ça demande beaucoup de travail. Lui, un joueur de hockey, quelqu’un qui est fait fort, ça a détruit sa vie. L’enfant qui voit ça se dit je ne ferai pas mieux que lui. On attend du coté masculin un cas où le gars a été aidé et s’en est sorti. Comme Madame Simard, elle est un modèle. On peut apprendre à vivre avec le passé, on ne peut pas l’effacer. Sheldon Kennedy a-t-il reçu l’aide nécessaire? Les gars s’automédicamentent avec l’alcool, la drogue, la sexualité compulsive, la fuite en avant; moins les femmes qui demandent plus d’aide (2), en parlent, c’est dans la culture des femmes de parler.

L.P. Et on leur reproche souvent de parler, d’en parler, mais la parole, le fait de dire, c’est l’actualisation d’un processus, pour la personne la douleur n’est plus uniquement à l’intérieur, un pouvoir commence pour faire quelque chose avec cette énormité. C’est une erreur de prétendre que parce que c’est fini on passe à autre chose. On ne peut minimiser, banaliser ça. Il y a des conséquences, des séquelles. Ça a contribué à structurer la personne, ça fait partie de son histoire, de sa vie, d’elle-même. Comment va-t-elle continuer avec ça?

M.D. L’abus sexuel est l’équivalent de la guerre à tous les jours. Comment vous sortez de ça? C’est pour ça que mon livre existe. D’abord pour aider mes clients et parce que ces livres-là n’existent pas. Il faut que quelqu’un le fasse pour mieux comprendre des réalités taboues.

L’ouvrage Ça arrive aussi aux garçons résulte de témoignages et d’années de travail. Cette étude, traduite en anglais, reste novatrice, dix ans après sa première parution, car peu de livres sont consacrés au vécu des garçons et des hommes victimes d’abus sexuels.

Le stéréotype du surhomme qu’aucune blessure ne fragilise ne s’accorde pas avec la vulnérabilité de tout être. Mais on refuse particulièrement aux hommes la reconnaissance de leur peur, l’admission de leur peine, l’expression de leur sensibilité. Les hommes aussi peuvent avoir mal, être traumatisés, vivre désemparés.

Michel Dorais se sent porteur d’une cause, celle de ceux qui se sont confiés à lui certes mais aussi celle de ceux qui souffrent encore en secret. Il est faux de croire «Qui fut agressé agressera» car «Tous les adultes ne sont pas des agresseurs potentiels» (M.D. p.234). Il importe d’éviter l’engrenage de la réitération, certaines victimes veulent, ainsi qu’il l’écrit : «inverser les rôles de jadis : l’agressé devient l’agresseur des plus jeunes que lui» (p.221). Son ouvrage répond aux besoins de ces êtres, de celles et ceux qui les aiment, les aident, les côtoient et aux questions d’un public qu’on espère toujours plus intéressé à connaître la réalité humaine.

Dorais, Michel Ça arrive aussi aux garçons. Typo essai, 2008, 320 pages

De plus, au canal Savoir, il est encore possible de voir sa conférence Jeunes filles sous influences présentée en accompagnement de son livre portant le même titre et consacré à la prostitution des adolescentes.

(1) Le hockeyeur Sheldon Kennedy a écrit son autobiographie: Why I didn’t say anything? Il a aussi participé à un épisode d’une série télévisée intitulée Victimes. Toutefois, le téléfilm consacré à ce qu’il a vécu occulte de nombreux faits subséquents.

(2) Récemment, à Montréal, des médias se sont faits les complices d’un homme qui parlait contre les femmes prenant des anti-dépresseurs. Il les blâmait de se soigner tel que recommandé et il reprochait aux médecins de faire des prescriptions sans discernement. L’alternative de la déroute, des excès, des comportements à risques n’est pas aidante et peut même s’avérer dangereuse.

Droits de reproduction et de diffusion réservés © TERRA NOVA 2007. Tous droits réservés